L’Indélogeable

Tout l’enjeu est d’arriver à multiplier les contrats avec les distributeurs (les banques) et les commerçants (qu’ils acceptent la carte). Une fois le contrat (typiquement pluriannuel) signé avec un distributeur, Visa profite du travail de conquête commerciale de ce dernier. La croissance est gratuite : que rêver de mieux ?

L’entreprise se rémunère sur le volume des transactions réalisées — ce qui tombe à pic puisque, au contraire d’American Express, ses services s’adressent à un marché de masse.

Le duopole Visa/Mastercard est parfaitement indélogeable, à moins qu’un nouvel entrant ne parvienne à reproduire l’infrastructure technique et le réseau commercial des deux mastodontes (bonne chance à lui). L’avantage concurrentiel est plus qu’unique : il est phénoménal.

Visa bénéficie d’ailleurs d’une belle avance sur son concurrent direct, autant en termes de cartes émises que d’infrastructures. Les marges les plus intéressantes sont réalisées sur les opérations transfrontalières.

Les récentes acquisitions (pour la gestion des fraudes, le paiement en ligne, ou les plateformes de monétisation pour développeurs et producteurs de contenus en ligne, etc.) s’intègrent parfaitement au cercle de compétence historique de la marque, et contribuent à toujours davantage élargir sa position dominante.

Couplé à ces intelligentes acquisitions, le programme de rachat d’actions — déjà un cinquième du flottant racheté — soutient une allocation du capital créatrice de valeur pour l’actionnaire : leur avoir net (book value) a été multiplié par deux en quatre ans. Le prix moyen des rachats d’actions est “équitable” — il suppose une croissance. L’avenir dira s’il fut pleinement optimal.

Les besoins en capitaux sont réduits à leur strict minimum — les infrastructures sont déjà mises en place. La marge nette est très élevée (dans les 40%), en progression régulière depuis 2008. Les retours sur capitaux propres oscillent autour de 15%. Au bilan, zéro dettes. Pas de dividende : tout pour les rachats — une option fiscalement préférable.

Les marchés émergents représentent un formidable potentiel de croissance — argument certes classique, mais néanmoins tout à fait tangible quand on évoque l’utilisation des cartes de débit. La tendance des consommateurs à préférer ces dernières aux espèces est marquée, d’aucuns diraient irréversible : le nombre de transactions par cartes augmente chaque année et, avec elles, les commissions de Visa.

Internet ouvre d’autres opportunités majeures pour le paiement en ligne. Le coût et la sécurité des transactions feront la différence : grâce à son échelle et à son expérience, l’entreprise semble virtuellement imbattable sur chaque.

Mastercard mène une politique d’expansion clairement plus agressive, politique d’incitations et de remises à l’appui. Il faudra veiller à tenir l’éternel challenger à distance. L’émergence d’une nouvelle compétition sur le paiement en ligne est à nuancer : après tout, Paypal est un client de Visa…

[L’analyse complète de Visa, dans le club]

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