Portefeuille 101

Comment construire son portefeuille d’actions, contrarier le risque et capitaliser sur les meilleures opportunités ? Une fois n’est pas coutume, nos vues sur le sujet contreviennent volontiers au dogme et autres lieux-communs.

Diversification Risquée

Indépendamment des compétences de chacun, la stratégie à adopter dépend bien entendu : (1) de la situation patrimoniale présente; (2) de la situation patrimoniale ambitionnée à dix ans; (3) du profil — entreprenant ou défensif — de l’investisseur.

Un investisseur dit “entreprenant” n’est pas plus téméraire : il entend simplement consacrer davantage de temps et d’énergie à la productivité de son capital, et entretient typiquement une meilleure tolérance à (l’inévitable) volatilité du marché actions.

Piqûre de rappel : un portefeuille diversifié de grosses capitalisations est imprudent. En plus de souffrir divers frais de friction, on maximise à l’absurde le risque d’erreur — car les multinationales sont des organisations complexes, dont l’analyse est tout sauf à portée du premier venu (a fortiori amateur, même éclairé).

Si cela n’y suffisait pas, l’investisseur particulier se retrouve sur le terrain de chasse des grandes capitalisations en concurrence directe avec les institutionnels et les milliardaires — qui, trop gros, ne peuvent se saisir des opportunités sur le marché des petites capitalisations (souvent, ne serait-ce qu’allouer 5% de leur capital sur une position small-cap entrainerait une OPA).

Aussi les opportunités parmi les habituelles actions “blue chips” sont-elles rares et complexes, et le risque de surpayer omniprésent. Pénible constat : en voulant bien faire (diversifier un patrimoine sur des entreprises réputées “sûres”), on fait précisément l’inverse — et c’est encore plus vrai dans le contexte actuel d’un marché (trop ?) généreusement valorisé.

Bon Père de Famille

Injustement étiqueté “bon père de famille”, un tel portefeuille de blue chips produira exceptionnellement un rendement d’environ 10% par an (à condition de n’avoir pas été assemblé durant un pic de marché). Exceptionnelles, les cinq dernières années (2009-2014) l’étaient. Surtout, ne pas s’imaginer (pour reprendre le terme à la mode) qu’il s’agit d’un “nouveau normal”.

Que penser alors d’un portefeuille diversifié de trackers, si ce n’est qu’il s’agit d’un non-sens ? Un tracker est déjà diversifié… Faut-il aimer multiplier le risque et les frais ! Puisque le propre de l’évidence est trop souvent de passer inaperçue, rappelons-le : il est impossible de faire la même chose que la foule et pourtant d’attendre un résultat différent de cette dernière.

S’il fallait à nouveau prouver que l’enfer est pavé des meilleures intentions, voici qui est fait.

Un investisseur défensif et désintéressé — dit “know-nothing investor” — qui souhaite obtenir un rendement optimal des marchés boursiers (disons deux fois le taux sans risque) sans y consacrer une once de temps a lui intérêt à mettre en place (et surtout respecter!) un méthodique programme d’épargne, et laisser d’excellents allocateurs de capital travailler pour lui : Berkshire Hathaway, Markel, Brookfield, Fairfax, Leucadia National, la galaxie Liberty de John Malone, etc.

Parce qu’elles composent le capital de leurs actionnaires à plus de 15% par an depuis leurs débuts, ces holdings représentent parfois une alternative préférable aux fonds de placements traditionnels, dont les intérêts des gestionnaires (rémunérés en proportion du volume d’actifs sous gestion) ne sont pas toujours alignés avec ceux de leurs investisseurs.

Les Moneta Asset Management, Fairholme ou Amiral Gestion sont l’exception plutôt que la règle…

Univers d’Investissement

Bref, à chaque profil son portefeuille. A la volée, ce que nous en disons :

Avec 5,000€ de capital de départ et un profil entreprenant : n’avoir qu’une seule action en portefeuille, et privilégier une opportunité avec un risque faible et un rendement maximal (type décoté rentable), comme par exemple notre gazière canadienne qui (1) décote sur son bilan; (2) décote sur ses réserves; (3) compose à 20% par an depuis dix ans; (4) est gérée par un dirigeant d’exception; (5) s’échange en bourse à moins du quart de sa valeur liquidative.

Avec 5,000€ de capital de départ et un profil défensif : idem. Quitte à n’avoir rien (ou plutôt si peu) à perdre et tout à gagner, autant être audacieux.

Avec 30,000€ de capital de départ et un profil entreprenant : idem, mais avec trois investissements plutôt qu’un seul (comme ladite gazière canadienne, Sears Holdings et Etam).

Avec 30,000€ de capital de départ et un profil défensif : du Berkshire ou assimilé, voire de l’indiciel — mais nous préférons le(s) premier(s), car nous savons comme l’allocation du capital y est optimale.

Avec 100,000€ de capital de départ et un profil entreprenant : idem qu’avec un portefeuille de 30,000€, mais cette fois-ci diversifié sur cinq (plutôt que trois) entreprises (fortement) décotées et rentables — si bien sûr c’est possible : le propre de ce type d’opportunités, c’est justement de ne pas courir les rues…

Avec 100,000€ de capital de départ et un profil défensif : du Berkshire ou assimilé, voire de l’indiciel.

Avec 1,000,000€ de capital de départ et un profil entreprenant : comme avec un portefeuille de 100,000€. On gère un portefeuille d’un million exactement comme on gère un portefeuille de cent mille euros, car l’univers d’investissement est le même : toute la bourse.

Avec 1,000,000€ de capital de départ et un profil défensif : du Berkshire ou assimilé, voire de l’indiciel.

Avec 1,000,000,000€ (ou plus) de capital de départ : la gestion promet d’être autrement difficile ! L’univers d’investissement se restreint, la liquidité devient une contrainte, et exiger une valorisation extraordinairement attractive relève (le plus souvent) de la science-fiction, car ici personne ne passe sous le radar… On est donc naturellement poussé à être moins regardant sur la marge de sécurité.

Actions en Période de Stress

En période de stress (2001, 2009, 2011), on peut faire des choses simples et intéressantes avec un milliard. Hors ce contexte, on est limité à des IBM ou Wal-Mart à dix fois leurs profits cash (on a cependant connu sort moins enviable).

Certains virtuoses parviennent à s’accommoder de ces difficultés (Peter Lynch en son temps, Romain Burnand aujourd’hui), mais leur talent dépasse de très loin celui du commun des mortels.

Les trois principales leçons à retenir ? D’abord, que posséder un petit portefeuille représente un avantage compétitif qu’il serait irrationnel de bouder. Ensuite, qu’il en va avec l’argent comme avec beaucoup d’autres choses : intuition n’est pas raison. Enfin, que s’il est très certainement admirable de vouloir gérer un portefeuille de milliardaire, il est préférable pour cela d’en être déjà un.

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