Quelle Part de Son Patrimoine Investir ?

Je me demandais aujourd’hui pourquoi mes camarades et moi-mêmes, simples mortels (dénué de tout talent particulier en ce qui me concerne) réagissions plutôt bien à la volatilité récente des cours de bourse, tandis que d’autres camarades qui n’ont a priori rien à nous envier sont pris de peur, voire carrément se désabonnent écœurés du club.

Et j’en suis venu au fil de longues réflexions à me demander si nous avions suffisamment insisté sur l’absolue nécessité d’investir uniquement de l’argent dont vous n’avez pas besoin. Je suis certain que ce principe de base a été énoncé à plusieurs reprises, mais avons-nous dit pourquoi c’était si important ?

Qu’on l’ait fait ou pas, j’ai décidé de soumettre mes réflexions personnelles à ce sujet, libre à chacun d’y adhérer ou pas et de partager ses pensées avec notre vibrante communauté.

Argent Investi vs. Argent Disponible

Mon intime conviction est que l’être humain ne peut contrôler ses émotions et agir de manière rationnelle que lorsqu’il est confronté à une situation asymétrique en sa faveur.

Investir de l’argent dont on a besoin, c’est (au contraire) créer une situation asymétrique en votre défaveur. En d’autres termes, cela signifie que vous courrez davantage de risques de downside que vous n’avez de potentiel d’upside, ce qui réduit considérablement vos degrés de liberté et créé une situation d’extrême fragilité.

Votre destin dépend alors de la justesse de vos prévisions, en d’autres termes d’événements sur lesquels vous n’avez aucun contrôle. Bien évidemment, c’est ce que tout le monde veut éviter. Exposer son patrimoine ainsi n’est pas dénué de risques.

Prenons l’exemple de Jean, qui démarre dans la vie active avec quelques milliers d’euros. Pour loger sa famille, il prend un crédit (=dette) sur 30 ans afin d’acheter une résidence principale.

Par une telle action, Jean fait implicitement la prévision que la situation qui lui a permis d’obtenir son crédit va durer assez longtemps pour qu’il puisse payer ses mensualités pendant 30 ans. Il engage ainsi des multiples (astronomiques) de son patrimoine sur la base de cette hypothèse et son destin dépend en grande partie (si ce n’est intégralement – selon le prix payé et/ou la future clémence du marché immobilier) de la justesse de cette dernière.

Si par malheur Jean perdait son travail et n’arrivait pas à retrouver un poste aussi bien payé dans un marché immobilier peu clément, la prévision s’avérerait fausse et Jean connaîtrait alors le funeste destin de millions de familles américaines qui se sont retrouvées sans domicile au moment de la crise des subprimes. Cette dépendance à la prévision rend une telle décision d’allocation du capital extrêmement fragile.

Jacques, un ami de Jean parti de la même situation, a fait le choix d’être simple locataire. Lui aurait le privilège de ne rien devoir à personne et tout le loisir de rechercher des logements avec de plus faibles loyers dans cette même conjoncture immobilière (que les medias s’empresseraient de qualifier de crise).

Cette situation lui serait beaucoup moins défavorable, voire même très favorable dans certains cas – par exemple si Jacques a eu en plus l’intelligence d’épargner mille euros par mois de longues années durant et a la capacité à faire de bons investissements. Dans tous les cas de figure, sa situation est intrinsèquement beaucoup moins fragile que celle de Jean. Il ne doit rien à personne et dispose de bien plus de libertés. En d’autres termes, Jacques a un downside plus limité.

Situation Fragile

Disons qu’on aura besoin d’argent dans un an et qu’on voudrait s’enrichir un peu entre temps. Lorsque l’on agit ainsi, comme Jean, on s’expose à un downside maximum si nos prévisions ne se réalisent pas ou même si elles se réalisent en plus d’un an. Il expose alors son patrimoine à une perte potentielle significative et irréversible.

Voilà une situation extrêmement fragile : on devient dépendant d’un dénouement rapide de prévisions encore plus optimistes que celles de Jean (qui, après tout, aura peut-être le temps d’acquérir une expertise avant que des difficultés ne viennent entraver son chemin et pourra ainsi se retourner plus facilement).

Lorsqu’on voit fondre de l’argent dont on a désespérément besoin dans quelques mois, comment agir rationnellement ? Qui le pourrait ? Votre risque de downside est trop élevé, la situation est bien asymétrique, mais en votre défaveur.

Inversement, si vous investissez uniquement de l’argent dont vous n’avez pas besoin, les dés sont largement pipés en votre faveur. En effet, vous avez limité votre downside à un niveau acceptable pour vous, tout en acceptant de perdre des sommes dont vous ne comptez pas faire usage de toute manière.

Difficile de vous faire mal dans ces conditions puisque vous ne perdez rien qui vous tient à cœur. Voilà donc une situation encore plus enviable que celle de Jacques : vous disposez de ressources secondaires qui vous offrent un upside potentiel important – celui des intérêts composés (“la huitième merveille du monde” d’après une citation attribuée à Einstein).

Dans le pire cas, vous vivrez comme avant, dans le meilleur cas, votre vie sera nettement meilleure sur le plan financier. Voilà une option dont Jean ne peut même pas rêver ! Downside bien défini et très limité, upside théoriquement infini (en pratique très élevé) : value investing 101 comme diraient certains.

Bâtir son Patrimoine : L’Acte à La Parole

Comme vous le savez, la totalité de mon patrimoine est investie en bourse. Pourquoi ? Il se trouve que, même si l’idée d’avoir de l’argent n’est surement pas pour me déplaire (je sais ce qu’est de ne pas en avoir du tout et je préfère clairement en avoir trop que pas assez), je ne suis pas matérialiste pour un sou.

Les seules richesses de la vie sont pour moi les expériences : si le plaisir d’atteindre un objectif financier est éphémère, celui d’une vie ambitieuse et entreprenante est continu. Je vis aujourd’hui aussi modestement qu’à mes débuts dans la vie active et ne m’autorise rien de plus que ce que je pouvais auparavant me permettre malgré un patrimoine ô combien supérieur.

Si je devais repartir de zéro en empruntant un autre chemin (comme ma famille l’a fait en arrivant en France en septembre 1990), ce serait simplement pour moi une autre expérience – qui ne peut être qu’enrichissante à un tel stade.

Pour l’avoir déjà vécu (rétrospectivement, une chance incroyable), je connais le downside de la situation, et je suis parfaitement confortable avec : j’investis donc uniquement de l’argent dont je n’ai absolument pas besoin et suis parfaitement aligné avec mes précédents propos.

Attention, je n’invite personne à faire de même : je comprends parfaitement certains degrés de matérialisme et le confort qu’ils procurent. Il n’est pas négligeable et s’assurer ces garanties en cas de coup dur n’est pas superflu. Garder un coussin de sécurité par prudence est généralement une excellente idée.

P.S. : ce texte, comme tous nos contenus, n’est pas un conseil. C’est uniquement une opinion qui n’engage que son auteur, qui dit ce qu’il fait et fait ce qu’il dit (attention, il est peut-être fou), et rien de plus.

0 Commentaires

Laisser une réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

©2024 L'Investisseur Français

Nous contacter

Merci de nous envoyer votre message ici. Nous vous répondrons dans les plus brefs délais.

En cours d’envoi

Vous connecter avec vos identifiants

Vous avez oublié vos informations ?